Une marque bio qui a su mettre les petits plats dans les grands

Une marque bio qui a su mettre les petits plats dans les grands

Une aire de réussite contre un air de bonheur

En l'an 2000 naissait la marque Le Bonheur est dans le Pot. Cette année-là, Karine et Jeff, de retour en France au terme d'un très long voyage, entendent s'installer avec un vrai projet d'entreprise. Riches de leurs expériences culinaires vécues aux quatre coins du monde, ils veulent élaborer des recettes issues de l'agriculture biologique et les proposer au consommateur sous forme de plats cuisinés.

L'idée leur en est venue alors qu'ils quittaient le Maroc et la frontière du Mali. Mais si leurs pensées sont clairement dessinées, la carte des opérations marketing n'est pas encore tracée. Si bien que l'appellation de la marque peut naître un beau matin, au hasard d'une conversation.

Karine est au téléphone avec un ami suisse. Son interlocuteur a enfin réussi à l'intercepter, alors que, depuis des mois, les Marie-Tardon, retirés du monde pour réfléchir plus sérieusement à ce projet de création d'entreprise, ne donnent plus aucune nouvelle à leurs proches. Ajoutons que l'homme qui tient le récepteur est très content que le lien avec Karine et Jeff soit rétabli grâce au fil de l'appareil.

Son épouse, qui tente de partager, du mieux qu'elle peut, cette conversation téléphonique, ressent la même joie. Car jamais elle et lui ne sont restés aussi longtemps sans nouvelle de ce couple de Français avec qui ils se sont liés d'amitié durant la seconde expédition de Karine et Jeff autour du monde ! Entre les voyageurs suisses et les voyageurs français, les conversations tournaient toujours autour de leurs périples respectifs et ils n'avaient jamais cessé d'échanger des lettres.

Ce qui explique qu'après l'installation à Jegun de Karine et Jeff, le silence des Marie-Tardon ait fini par inquiéter les fidèles amis suisses. Précisons encore qu'à cette époque, le Gers servait de décor au tournage d'un film, Le Bonheur est dans le pré, réalisé à quelques kilomètres seulement du village où le couple avait élu domicile.

Un beau jour, donc, les amis délaissés, avides de nouvelles, décrochent leur téléphone et lancent à Karine et Jeff d'un ton un peu provocateur : « Alors, c'est fini les voyages ? Le bonheur est dans le pré ? ». Karine rétorque, avec cette vivacité qui la caractérise : « Non, le bonheur est dans le pot ». La boutade lui reste à l'esprit longtemps après la conversation téléphonique… et s'y fixe.

Finalement, elle deviendra la clé de l'entreprise en gestation, car la petite phrase résume parfaitement la situation du jeune couple revenu au pays. « L'affaire est dans le sac », auraient pu dire nos deux entrepreneurs. Ils préfèrent cette autre formulation, plus délicate, plus généreuse : le couple rêvait d'une entreprise qui véhiculerait, en plus des plats cuisinés, un certain bonheur de vivre : « On voulait un produit beaucoup plus qualitatif pour le consommateur qu'une simple recette culinaire. Le Bonheur est dans le Pot, c'était une manière d'apporter une promesse aux acheteurs. Le mot ‟bonheur” me plaisait énormément », se souvient Karine. C'est ainsi que le hasard jette les premières pierres qui serviront à la construction de la marque.

Mais si ce vocable suscite l'enthousiasme du couple, c'est aussi parce qu'il fait référence au plaisir éprouvé par les créateurs eux-mêmes lors de l'élaboration des recettes et de la préparation des plats. Pour Karine comme pour Jeff, la cuisine est un moment de pur plaisir où, artistiquement, ils jouent avec les émotions, les souvenirs, les sensations, pour livrer des goûts d'autant plus savoureux qu'ils ont été conçus par des gens heureux.

Enfin, dès cette époque, la marque Le Bonheur est dans le Pot permet d'insister, par métonymie, sur le contenu, par référence au contenant. La transparence de l'emballage est gage de sa qualité et de l'engagement des dirigeants. Karine et Jeff misent sur le bocal en verre pour représenter symboliquement le message qu'ils entendent communiquer à leur clientèle : faire toute la vérité sur le produit, ne rien cacher de sa composition puisque tout est noble dans sa fabrication. Le verre témoigne de la qualité des plats, la couleur rendant compte de la fraîcheur des aliments, la transparence révélant qu'aucun additif ne vient coaguler les substances pour en altérer les goûts.

Quand « Karine & Jeff » se démarquent et s'imposent…

Quinze ans après, l'entreprise est toujours fidèle à l'éthique de ses dirigeants, Karine et Jeff, mais la marque a évolué afin de relever de nouveaux défis. Il ne s'agit plus seulement de bonheur, fût-il partagé comme au restaurant-boutique bio, ouvert en 2013 pour promouvoir les valeurs de la marque.

L'envolée vers l'international amorcée dès 2007 doit permettre de nouvelles conquêtes. Les produits ont déjà été présentés avec succès sur des salons internationaux : en Allemagne, en Belgique, en Suisse, en Espagne… et même à Hong Kong !

Karine et Jeff, jusque-là simples voyageurs émérites, vont bientôt se muer en véritables conquistadores. Et ce, grâce à une rencontre avec un Américain, sur un salon allemand, qui leur propose de participer au Seafood Market for North America. Les Marie-Tardon y voient un signe du destin.

Nous sommes en 2014. Or, depuis 2010, la famille a pris l'habitude de sillonner à nouveau le continent américain, car les parents veulent revenir sur les traces de leur passé et faire découvrir à leurs enfants les lieux qu'ils ont aimés : la Californie, San Francisco, New York, Los Angeles, Boston… C'est à la suite de cette conversation professionnelle en Allemagne que les Marie-Tardon entreprennent ce premier voyage de prospection à New York, passant ainsi de séjours d'agrément à des voyages professionnels. C'est un très gros succès.

En 2015, ils reprennent un avion pour Los Angeles. À peine ces escapades aux États-Unis sont-elles achevées que les retombées pleuvent. Les distributeurs américains de produits bios découvrent la gamme des plats cuisinés et les adorent. Karine et Jeff réalisent alors que le marché international est à leur portée, mais qu'ils doivent d'abord changer le nom de la marque porteuse des valeurs de l'entreprise, car Le bonheur est dans le Pot ne peut s'adresser qu'à des marchés francophones.

Quelle autre dénomination choisir ? À la tête de leur entreprise florissante, ni Karine ni Jeff n'ont vraiment le temps d'y penser. En quinze ans, Karine a accumulé une belle expérience professionnelle mais surtout, en quelques mois, elle a collectionné des trophées qui récompensent ses compétences : prix de l'entreprenariat féminin, trophée B.R.A., trophée national de l'innovation, prix de l'export Midi-Pyrénées. Autant de façons de saluer l'essor de l‘entreprise attesté par une croissance proche des 20 % et un chiffre d'affaires passé à deux millions d'euros. Et, pour Karine et Jeff, autant d'encouragements supplémentaires et de mains tendues vers l'Amérique.

L'entreprise, parfaitement équipée, peut multiplier sa production par sept… Les ateliers culinaires installés à Revel depuis 2011 n'en finissent pas d'étonner par leur propreté exemplaire et leur qualité. Tout est donc en place grâce au beau travail mené, année après année, par les fondateurs de la firme.

Dès lors, il n'est pas illégitime que la nouvelle marque prenne le nom de ses dirigeants. N'est-ce pas du talent de Karine et Jeff qu'elle est née et s'est développée jusqu'à avoir l'ambition de devenir le numéro 1 des plats cuisinés bio dans le monde ?

Karine et Jeff, les acteurs de cette réussite, se déplacent ainsi vers le devant de la scène. Avec le don de leurs prénoms à la nouvelle marque, ils l'ennoblissent de toutes ces valeurs humaines dont ils sont porteurs ¬– respect du client, exigence de qualité –, mais surtout, ils signent un nouveau contrat : faire vivre à l'étranger une enseigne qui garantisse toujours au consommateur qu'il est au cœur des préoccupations de l'entreprise.

Une fois encore, Karine et Jeff s'engagent.

Clothilde Monat
Créatrice de Storytelling
Octobre 2016